
Les Kurdes sont un peuple du Moyen-Orient de plusieurs millions de personnes. Le traité de Sèvres, datant d’août 1920, soit après la Première Guerre mondiale, garantissait la création d’un Etat kurde ou « Kurdistan » dans l’est de l’Anatolie (Turquie) et dans la province de Mossoul (Irak).
Mais l’histoire fait qu’en juillet 1923, un nouveau traité est signé, le traité de Lausanne, qui remet en cause les dispositions du traité de Sèvres et instaure une domination Turco-irakienne sur la vaste zone peuplée par les Kurdes. Cette promesse non tenue par les pays européens a donné lieu à de nombreuses révoltes des Kurdes depuis 1927 et ce jusqu’à nos jours en Turquie, en Irak et en Syrie.
Un peuple partagé sur plusieurs Etats
A la faveur de la guerre en Syrie depuis 2011, les Kurdes de Syrie ont proclamé l’autonomie d’une zone divisée en 3 districts (Cizre, Kobané, Afrin) appelée le Rojava. Aussi, les Kurdes d’Irak vivent dans une région « autonome » au nord de l’Irak depuis 1970 : le Kurdistan irakien. D’autres Kurdes vivent au nord-est et à l’ouest de l’Iran. Enfin, des Kurdes vivent dans l’Est de la Turquie. C’est donc un peuple sans Etat et partagé entre plusieurs Etats (la Turquie, la Syrie, l’Irak et l’Iran).
Ce peuple détient sa propre langue et celle-ci est divisée en de nombreux dialectes (le lori, le sorani, le gorani…..). Les Kurdes sont majoritairement musulmans sunnites mais certains sont chiites et d’autres pratiquent des religions dites « kurdes » (le Yârsânisme, le Yézidisme et l’Alévisme pratiqué en Turquie qui est une branche minoritaire du chiisme). D’autres Kurdes pratiquent le catholicisme, le judaïsme, d’autres encore sont membres des Eglises orientales (chaldéennes, assyriennes et syriaques). L’unité du peuple kurde ne repose donc pas sur ses croyances religieuses mais sur sa langue et sa culture.
L’organisation politique des Kurdes : entre union et désunion
Les Kurdes sont aussi organisés politiquement. Il existe différents partis politiques kurdes plus ou moins en lien ou concurrents les uns avec les autres. Le plus connu est le Parti des Travailleurs du Kurdistan (ou PKK), répertorié comme « organisation terroriste » par les Etats-Unis et la Turquie.
En Syrie, le principal parti politique kurde est le PYD (Parti de l’Union démocratique) lié au PKK. En Iran, le PJAK et un petit parti politique. En Irak, les deux grands partis kurdes sont le PDK (Parti démocratique du Kurdistan) et l’UPK (Union patriotique du Kurdistan), deux partis politiques en forte opposition sur le devenir à donner au Kurdistan irakien.
Le « Confédéralisme démocratique » au Rojava
Dans le Rojava, au nord de la Syrie, les Kurdes affiliés au PYD administrent la région depuis 2011 sur le modèle novateur de la « Confédération démocratique ». Cette confédération est régulée par un « contrat social » qui repose sur la cohabitation ethnique et religieuse, la démocratie participative c’est-à-dire « l'ensemble des dispositifs et des procédures qui permettent d'augmenter l'implication des citoyens dans la vie politique et d'accroître leur rôle dans les prises de décision » mais aussi sur l’émancipation des femmes, la redistribution des richesses et les principes de l’écologie.
Le roman graphique (disponible en prêt au CDI du lycée) « Kobané Calling » (Editions Cambourakis, 2016) réalisé par l’auteur italien Zerocalcare raconte les combats de résistance des Kurdes du Rojava face aux milices de Daesh et décrit leur tentative de mise en place d’une société fondée sur les principes d’égalité, de solidarité et de démocratie.
Vers l’indépendance du Kurdistan d’Irak ?
En Irak, le Parti démocratique du Kurdistan (PDK) mobilise toute son influence médiatique (télévision, radios, journaux, réseaux sociaux) pour convaincre l’opinion publique kurde que seuls les Kurdes devraient avoir le dernier mot au sujet de leur indépendance comme le rappelle Adel Bakawan, sociologue, à l’Université d’Évry. De plus, les Kurdes d’Irak montrent à l’Occident leur implication dans la lutte face à Daesh (EI) comme le rappelle le film de Bernard-Henri Levy « Peshmerga » (les combattants kurdes d’Irak) et lors de la bataille de Mossoul (voir notre article : La bataille de Mossoul).
Le 25 septembre 2017, les Kurdes du nord de l’Irak ont voté massivement « oui » au référendum sur l’indépendance du Kurdistan irakien, référendum jugé illégal par Bagdad la capitale de l’Irak. Rien n’a été précisé concernant les prochaines étapes qui devront mener à l’indépendance, ni sur les modalités dans lesquelles l’Etat auquel le référendum doit aboutir. Une situation qui n’est pas sans rappeler, plus proche de la France, celle de la Catalogne (voir notre article : Vers l’indépendance de la Catalogne ?).
Charlotte A.